Extraits d’une exposition sur notre rapport à la nature : « Animer le paysage, sur la piste des vivants »

Bonjour à tous,

« Animer le paysage, sur la piste des vivants », c’est le titre d’une exposition que j’ai visitée il y a quelques jours au Musée de la chasse et de la nature à Paris, et trouvée très intéressante et fertile dans le sens où elle expose de manière équilibrée différents points de vue sur notre rapport à la nature, de l’artiste au chasseur, en passant par le maire et le scientifique…L’expo est basée sur le territoire de Belval, mais les réflexions qu’elle suscite ont du sens partout, même dans son jardin !
Elle s’est terminée le 17 septembre, mais comme on pouvait parfois y prendre des petits feuillets, j’en ai scanné car je crois qu’ils peuvent vous intéresser aussi.
Pour planter le décor, voici le texte affiché dans l’entrée, à côté du paysage de Belval qui a servi de territoire à cette enquête. Il est de Bruno Latour, philosophe, anthropologue et sociologue. Sa conférence d’introduction à l’exposition peut être écoutée sur Youtube, au lien que je vous mets après le texte.
 
Si je vous dis : « Il faut sauver la nature », vous direz sans y penser : « Oui, oui, bien sûr » — et vous passerez à autre chose de plus important.
Mais si je vous dis : « Il faut défendre votre territoire ! » alors, là, vous vous mobiliserez aussitôt — vous voilà déjà en route pour le front en disant : « Bien sûr, c’est naturel de se défendre, même les animaux, après tout, protègent leur territoire ».
Ah tiens, c’est intéressant : il vous semble naturel de protéger son territoire, mais pas de défendre la nature ?
Pourquoi cette différence de sensibilité ?
Parce que la nature, le plus souvent, c’est ce que l’on contemple de face, derrière une vitre, comme un spectacle ou comme un paysage.
Le territoire, c’est tout autre chose : c’est ce sur quoi on pose les pieds, ce dont on dépend, ce que l’on tremble de perdre, ce dont chacun sait qu’il faut prendre un soin extrême.
Il y a donc deux paysages : celui que l’on regarde en face, de façon détachée, et celui dans lequel on se trouve inséré et qui vous tient.
D’où la question suivante : est-ce que vous savez vraiment de quoi se compose le paysage dont vous devez prendre soin ? Jusqu’où s’étend-il ? Quelles sont ses limites ? Qui sont ceux qui l’occupent et qui l’animent ?
Et là, première surprise : vous vous trouvez bien embarrassés pour décrire un peu précisément le territoire à défendre.
Que faire ? Vous équiper pour traquer, capter, pister, sillonner ce dont vous ne connaissez pas les exactes limites.
D’où la deuxième surprise : la nature qui se trouvait en face de vous, voilà qu’elle se trouve désormais sous vos pieds — et qu’elle vous tient.
Bruno Latour
 
Bien à vous,
 
Marie-Noëlle

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