Débats sur les abeilles

On sait que les abeilles sont menacées. Mais on ne sait pas toujours que les débats sur plusieurs sujets autour des abeilles, sont vifs et nombreux. Il y en a qui piquent vraiment, par exemple :

  • sur les végétaux mellifères (nectarifères et/ou pollinifères)

– Ici, comme dans de nombreux autres régions du globe, on élève une espèce d’abeille, Apis mellifera Linnaeus, l’abeille domestique. Les apiculteurs, qui élèvent l’abeille pour récolter son miel, sa propolis et sa cire, ainsi les agriculteurs qui utilisent les services de pollinisation, privilégient les cultures qui conviennent à Apis mellifera. On comprend ça.

– Des scientifiques s’inquiètent que ces choix culturaux se fassent au détriment de végétaux sauvages dont se nourrissent les abeilles sauvages. En France, l’INRA en compte plus de 1 000 espèces.  La survie de certaines abeilles sauvages dépend d’une seule sorte de plante auxquelles elles sont inféodées , et dont les surfaces se réduisent rapidement. Le déclin de ces végétaux entraine le déclin des abeilles qui s’en nourrissent, c’est grave. On comprend ça aussi.

  • Sur la lutte contre le frelon asiatique

– D’un côté, les apiculteurs qui voient leurs abeilles tuées par les frelons asiatiques qui les guettent à l’entrée des ruches, et veulent arrêter le massacre. On les comprend ! Nombre font campagne dans les journaux, et par tous moyens, pour l’installation de pièges à femelles fondatrices des colonies de frelons asiatiques. Dans ces pièges qu’on peut acheter (tout un marché !…)  ou fabriquer soi-même avec des bouteilles de récupération, on place des substances sucrées qui attirent les butineurs. Dans le meilleur des cas, mais c’est rare, la dimension des trous pour limiter le piégeage de butineurs innocents est indiqué (6 mm) ainsi que la limite de saison (1er février-15 avril et 15 octobre-fin novembre).

– D’un autre côté, les scientifiques, comme ceux de l’équipe dédiée à ce sujet au Museum d’Histoire Naturelle, et ceux de l’Institut de recherche sur la biologie de l’insecte de Tours, qui montrent de nombreux exemples de mise en danger des butineurs innocents capturés par ces pièges, et ont calculé que le nombre de frelons asiatiques est déjà tellement important qu’il est illusoire de penser les éradiquer avec ce type de pièges.

  • Sur l’apiculture bio et pas bio

– Environ 300 apiculteurs bio français se conforment à la charte AB, contraignante, notamment sur l’aire de production du miel (cultures bio ou sauvages sur 3km alentour), les matériaux et l’entretien des ruches (bois non traité, soin des abeilles par produits naturels, pas de répulsifs chimiques), l’extraction à froid, et les mélanges de miel. Le respect de ces exigences conduit de nos jours à un prix du miel bio élevé.

– Et les apiculteurs conventionnels, professionnels et particuliers, qui disent que les endroits entourés de bio ou d’étendues sauvages sont devenus rares, du fait de l’urbanisation et de l’industrialisation agricole, et que se limiter à ces espaces diminuerait considérablement les possibilités d’apiculture. Par ailleurs, le choix de la non-intervention ou des traitements naturels en cas de maladie ou de parasitage des abeilles peut avoir un impact sur les ruches des apiculteurs environnants, ce qui les inquiète.

  • Sur les plantes invasives

-Le séneçon du Cap, l’ailante, la berce du Caucase, la vergerette du Canada sont des plantes considérées comme invasives, mais très appréciées des abeilles et d’autres butineurs, dont nous raréfions les ressources. Comme elles ne sont pas jolies, elles ne sont pas cultivées.
Certains asters, les buddleias, les solidages du Canada, les balsamines glanduleuses, les vergerettes annuelles et les renouées du Japon, sont aussi maintenant considérées comme invasives. Elles aussi sont très appréciées des abeilles et des papillons. Leurs jolies fleurs ont séduit beaucoup de jardiniers et d’apiculteurs, et on les trouve dans le commerce.

-Pourquoi le colza, qui couvre nos talus sur des kilomètres, à la place des orties, silènes et autres sauvageonnes naturelles, ne figure-t-il pas, lui aussi, sur la liste des plantes invasives ?

-En y regardant de plus près, et notamment dans le livre qui lors de sa sortie a fait scandale « La grande invasion, qui a peur des espèces invasives ? » du très séreux scientifique Jacques Tassin, on est amené à voir toutes ces plantes dites invasives d’un autre œil, comme participants – pas forcément néfastes, considérés à grande échelle, il le prouve -à une évolution permanente à laquelle participe l’humain, en premier rôle.

Ces débats ne doivent pas nous faire oublier que tout près de nous, il y a aussi ceux pour qui les abeilles ne comptent pas : les fournisseurs de pesticides (on connait Monsanto, mais il y en a beaucoup d’autres), et leurs clients (l’agriculture intensive, mais aussi les jardiniers égoïstes) qui privilégient leur profit à la conservation de la biodiversité, et qui, non seulement répandent des pesticides qui tuent les abeilles et bien d’autres animaux, mais encouragent le développement de végétaux qui ne sont pas, ou plus, dépendants de la pollinisation.
N’oublions pas que les végétaux les plus consommés au monde ne dépendent pas, ou plus (hélas) de la pollinisation par les insectes.

Voici donc à quoi je veux en venir : nous humains, participants à la vie sur terre, avons tiré la couverture à nous, et maintenant que nous avons les pieds dans l’eau et la tête qui brûle au soleil, nous la tirons dans tous les sens. Mais la couverture a rétréci, alors on déshabille Pierre (la nature et les pauvres) pour habiller Jacques (le profit et le confort).
Et même si l’on est prêt à dépenser plus pour moins de confort, mais moins de dégradations, nous ne saurions plus arrêter de nous chauffer, de nous déplacer, de communiquer etc.

Cependant, nous pourrions décider d’accepter qu’il y a des divergences de point de vue, et qu’elles ne vont pas nous arrêter de cultiver le plaisir de nourrir et partager, plutôt que celui de détruire.

Nous pouvons en effet semer et planter des végétaux nectarifères et pollinifères de toutes sortes, de ceux qui conviennent aux abeilles sauvages et de ceux qui conviennent aux abeilles domestiques, sans distinction de race ou de couleur, et aux papillons, et aux carabes, et à toutes les bestioles qui ont besoin de nous.
Et oui, au passage, des frelons asiatiques viendront peut-être prendre une lampée de nectar sur nos asters, qui par ailleurs nourrissent des centaines de butineurs innocents.

Laissons les spécialistes -et ils y travaillent beaucoup car les enjeux économiques sont importants- chercher et trouver les solutions possibles pour rétablir ces déséquilibres que nous avons, en tant qu’humains, créés.

Et consacrons-nous, plutôt qu’à jouer aux apprentis sorciers exterminateurs, en tant que jardiniers qui veulent aider la nature, à nourrir et sauver ce qui peut encore l’être.

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