Là, sur les bords de l’Yvette, dialogues mésologiques – Augustin Berque

Géographe, philosophe, linguiste, orientaliste, Augustin Berque nous en met plein les yeux dès le départ en plaçant du chinois, du grec, et du japonais dans ces dialogues façon philosophe antique avec sa petite fille Melissa. Pour moi qui ne connais ni le chinois, ni le japonais, j’ai trouvé ça décoratif, mais j’attendais qu’il entre vraiment dans le sujet en  Français. Je n’ai pas été déçue car j’ai appris de nombreuses notions nouvelles, je dirais plutôt de nouveaux angles de vue, décrits et nommés,  sur notre rapport avec l’environnement.

Pour commencer, la vue des scientifiques, qu’il appelle un « point de vue de nulle part », puisqu’une espèce ne peut percevoir que ce qui la concerne, et que les scientifiques décrivent le monde de l’ensemble des espèces comme vu de l’extérieur.

Puis Augustin Berque nous mène très pédagogiquement de notions « de base » comme la perspective, à l’éthologie, l’étude du comportement des animaux, à la biosémiotique, qui étudie les signes, à la médiance et de nombreuses autres, que je vous laisse découvrir dans ce petit livre original.

Elevant un peu plus la barre de ses explications, cependant claires et simples à chaque étape, il nous fait avancer à travers sa vision de l’histoire humaine, qui, partant d’un développement basé sur des reproductions physiologiques pour les outils (qui extérioriseront et en la renforçant, chaque fonction hors du corps, comme le grattage des ongles, devenu râteau, puis bulldozer), puis techniques, puis symboliques (comme les rites de sépulture, le langage), amène à une « anthropisation du milieu par la technique, humanisation du milieu par le symbole, et hominisation par rétroaction du corps médial sur le corps animal ».

On atteint ainsi sa spécialité favorite, la mésologie, science des milieux, c’est-à-dire de la relation spécifique que chaque vivant créé avec son environnement -qui lui est commun à beaucoup de vivants- et pourquoi cet échange influence l’évolution de l’individu et aussi en même temps celle de son milieu, et donc en final, de l’environnement commun.
Par exemple, si j’ai bien compris, bien que ma chatte et moi vivions dans le même environnement, nos perceptions et notre rapport avec celui-ci sont très différents, ce sont nos milieux. En plus, l’une comme l’autre nous adaptons à nos milieux respectifs dans cet environnement commun, et nous le modifions, chacune à sa façon (voir ses nombreuses « planques » qui se superposent à mes aménagements, et les traces de ses trajets favoris), et nos milieux respectifs réagissent vis-à-vis de nous différemment (mes oiseaux viennent, alors qu’ils la fuient), et nous amènent chacune à de nouvelles stratégies.

Après cette promenade le long de la rivière Yvette, et à travers son analyse intellectuellement très satisfaisante à lire, du rapport de l’humain avec son milieu, il nous communique sa conviction que la mésologie, en tant que science du (juste) milieu,  peut permettre de concilier croissance économique et sauvegarde écologique. Je n’ai cependant pas compris comment cela nous permettrait de plus activement passer à l’acte pour la biodiversité, peut-être simplement en comprenant que nous partageons l’environnement avec d’autres vivants et que nous devons respecter leurs milieux à eux aussi ?

Une approche érudite mais pédagogique pour une nouvelle perception du monde.

Ed éditions éoliennes ISBN 978-2-376-720003 prix au lancement juin 2017 14€

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