Le Souci de la nature, Cynthia Fleury et Anne-Caroline Prévot

Je vous ai déjà parlé de ce livre ( ICI ) et de ses auteures (). Comme de plusieurs autres (j’espère que jetez de temps en temps un coup d’œil sous l’onglet « A voir », vous trouverez la rubriques « Lectures ») dans Jaccueillelanature.fr !

Mais je vais vous en reparler, car en ce début 2018, je me dis que c’est LE livre que j’ai préféré dans l’année 2017. Alors je veux partager avec vous ce que j’y trouve de si bon. J’espère vous donner envie de le lire, même si son épaisseur peut, au premier abord, vous impressionner.

Tout d’abord, je trouve ce livre positif, et porteur d’espoir (de toutes petites lumières, mais des lueurs quand même) sur un des sujets les plus désespérants de notre temps, la destruction de la vie et des éléments de notre planète, au point qu’on en modifie les systèmes physiques et le climat, c’est pourquoi on l’appelle l’anthropocène. Voici pourquoi :

Il balaye beaucoup d’idées reçues sur l’origine de nos comportements qu’on peut qualifier de criminels au niveau de la vie sur terre, et de suicidaires, puisque nous détruisons en même temps notre propre genre.

Plutôt que d’exposer l’opinion ou la thèse de seulement un ou une spécialiste, il demande  à de nombreux scientifiques et spécialistes de différents horizons ce qui, selon eux, explique que, malgré des constats et mises en garde répétés, et ce depuis des siècles (comme le démontre et s’en étonne aussi Valérie Chansigaud dans ses livres, voir ICI), nous ne faisons pas grand-chose pour modifier nos comportements nocifs, ce qui donne des points de vue riches et  variés.

Plusieurs postulats sont ainsi remis en question, par exemple : que cette domination de l’humain et les destructions associées trouverait son origine dans la bible, ce que contredit le fait qu’on la retrouve tout autant dans les pays où les religions qui s’en réfèrent n’y sont pas majoritaires ; qu’elle aurait commencé avec la révolution industrielle, alors qu’on constate que les dégâts que nous humains, faisons subir à toute la planète, incluant notre propre genre, remontent à aussi longtemps que les recherches montrent notre apparition dans la préhistoire. Mais à ce stade, il semble bien que l’abondance de connaissances n’ait pas (encore) réussi à expliquer l’origine de notre comportement.

Ensuite, les interroge ces spécialistes sur ce qui pourrait, peut-être, permettre de les modifier. Ce faisant, il va plus loin que beaucoup d’autres ouvrages qui en restent aux constats.
C’est en cela que je l’ai trouvé le plus intéressant et positif. Si vous en connaissez d’autres, dites-le nous, c’est bon pour le moral, et ça met en mouvement !

Plusieurs de ces personnes consultées ont conduit ou suivi des expériences dont les résultats permettent parfois d’imaginer qu’il y a peut-être des pistes (ces études sont très variées, et nous promènent des écoles au zoo, des randonnées en montagne aux espaces verts de Berlin, de groupes de recherche cognitive à l’analyse des jeux video…).
Ces petites lumières montrent souvent la direction d’un contact plus fréquent et plus profond avec le vivant non humain et les éléments.
Des actions nombreuses dans ce domaine permettraient, sinon de stopper cette  trajectoire mortifère, d’en compenser certains effets, notamment sur le vivant et la biodiversité, dont on parle beaucoup moins que du carbone et du réchauffement climatique.

J’ai apprécié la diversité des regards sollicités pour cet exercice : des spécialistes de domaines aussi variés que la paix et la sécurité, la philosophie, l’écologie et l’environnement bien sûr, mais aussi des grandes religions, la psychologie environnementale (sur la manière dont les individus, notamment les enfants,  régulent leur relation à l’environnement), le cinéma, les livres, BD et videos, les sciences de l’éducation, l’agronomie et l’étique, les sciences de la conservation, le droit, la philosophie de l’écologie, et la philosophie politique, et la biologie.
Ce qui fait que chaque chapitre ne faisant qu’une dizaine de pages, sur des sujets aussi variés, je ne me suis pas ennuyée, et j’avais souvent envie d’en lire plus.

Il m’a donné envie d’agir, d’essayer diverses approches, même à mon petit niveau.

Alors, enfin, quelles sont ces pistes ? pensez-vous peut-être à ce stade de la lecture.
Voici donc des actions possibles, que j’en ai tirées à ce stade , que nous pourrions tous mener  :

-Faire l’effort d’aller dans la nature, marcher sur des chemins sinueux et escarpés, se reposer au sol, s’asseoir au pied d’un arbre, regarder les animaux de l’herbe, les écouter, toucher la terre, sentir son odeur, se salir, se mouiller
-Organiser des ateliers d’écriture à partir d’une « cueillette de nos sensations : décrire les bruissements, chuchotements, frottements, murmures, frémissements, cliquetis, craquements, froissements, grésillements, nommer les odeurs et parfums subtils, forts, puissants » de la nature ordinaire, mémorisée en perception sensorielle directe, sans l’intermédiaire d’un appareil
-Favoriser les occasions d’observer les signes du vivant et de sa sensibilité, aller observer un endroit naturel régulièrement durant au moins une année,  puis y revenir plusieurs années de suite, s’exercer à voir les évolutions
-Favoriser les potagers d’enfants, bordés de plantes mellifères
-Organiser des séances de land-art pour des compositions esthétiques à partir de débris naturels, et sans ajouts de colorants ou de matériaux artificiels
-Organiser des cours de dessin d’observation de lieux naturels et de leur faune
-Promouvoir et gratifier systématiquement vis-à-vis des enfants les attitudes respectueuses dans les interactions avec d’autres êtres vivants humains et non humains, et avec les éléments naturels. Le « bien agir ». Répéter le « bien agir » afin qu’il devienne une habitude.
-Favoriser et valoriser les actions communes au service de l’environnement au niveau d’un quartier, d’une école, d’une ville, en développant leur dimension émotionnelle, la motivation, l’influence de ce groupe social et son statut social « désirable », l’apprentissage des « bonnes habitudes » par ces groupes de citoyens écologiquement responsables et qui font preuve d’efficacité collective, développer une identité sociale environnementale
– Participer aux laboratoires de sciences participatives, aux observatoires, qui nous obligent à regarder attentivement plantes et animaux pour les compter, en rapporter les évolutions
– Comprendre que moins nous avons de contact avec la nature, moins nous percevons ses dégradations, et moins nous sentons l’urgence de la protéger. Donc il est important de sortir au grand air et observer.
– Comprendre que des mesures de protection de la biodiversité dépendent de ce, et ceux, à qui nous accordons de la valeur dans la nature, plus à ce que nous voyons, et plus à ceux qui nous sont proches. Par exemple, nous nous mobilisons plus pour les mammifères et les oiseaux que pour les poissons ou les  invertébrés. Se rappeler qu’une vue d’ensemble, et des chaines alimentaires,  est nécessaire pour toute intervention, et qu’il y a du très grand et du tout petit que nous ne percevons pas mais sur lesquels nos actions agissent.
– En ville, tenter de dépasser les jugements de valeur qui nous viennent de nos convictions esthétiques, issues de notre culture où tout désordre naturel  est associé à un laisser-aller
-Dans chaque ville, demander au moins un jardin public ou un parc arboré, et la possibilité pour les associations naturalistes d’y gérer des aménagements à vocation pédagogique (nichoirs, bassins, ateliers d’observation)
-Tout faire pour favoriser des contacts physiques avec la nature (êtres vivants de toutes sortes, et aussi éléments) qui passent par tous nos sens (pas seulement les cinq sens connus depuis l’antiquité, mais aussi les nouveaux, comme la proprioception, l’équilibrioception, la thermoception et la nociception (*). Pour en savoir plus, voir des détails ICI

Malgré tant de mots sur ce livre, je n’ai fait, tant il est riche, que vous en donner un aperçu (j’espère alléchant) .
Alors n’hésitez pas, procurez-vous-le, prenez votre coussin préféré, et plongez vous dedans !

Le souci de la nature, sous la direction de Cynthia Fleury et Anne-Caroline Prévot
Ed. CNRS – ISBN 978-2-271-08817-8 Prix au lancement en 2017 : 25€

 (*) La Proprioception : savoir où se situent nos propres membres ; l'Equilibrioception : maintenir son équilibre ; 
la Thermoception : ressentir les températures ; la Nociception : connaître la douleur

 

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